Rédigé par Élodie BLUM

Différencier la conformité de l’accessibilité
On confond souvent l’accessibilité avec la conformité. Ces deux notions étroitement liées, ne désignent pas la même chose. La conformité est l’amorce du parcours, l’accessibilité en est l’aboutissement.
L’accessibilité
L’accessibilité numérique vise à garantir un accès équitable aux services en ligne. Dans le but de supprimer tous les freins techniques, visuels ou cognitifs qui pourraient gêner leur lecture, navigation ou utilisation. Pour permettre à chacun de parcourir en toute autonomie. Elle s’inscrit dans une démarche d’inclusion forte et vise un accès universel à l’information.
La conformité
Cette notion ne date pas d’hier. Connaissez-vous la loi du 11 février 2005, celle qui parle de l’accessibilité des établissements qui reçoivent du public ? Eh bien vous saurez que l’accessibilité numérique est également encadrée par cette loi !
La conformité mesure quant à elle objectivement le respect du Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) en vigueur. C’est un premier pas essentiel : un site non conforme sera très probablement difficile d’accès. À noter que le respect strict de tous les critères du RGAA ne résout pas tous les cas d’usage.
Voyez ça comme une évaluation dans laquelle chaque question possède le même coefficient. Le taux de conformité ne pondère pas la gravité des non-conformités rencontrées.
Prenons l’exemple d’un piège au clavier et d’une liste mal structurée :
Le piège au clavier demandera à l’utilisateur de recharger sa page et de reprendre sa navigation à zéro.
La mauvaise structure de la liste n’empêchera pas l’utilisateur d’accéder à l’information, seulement le contexte sera moins clair.
La conformité indique que vous avez atteint un certain niveau de respect du RGAA à un moment précis et pour un contenu spécifique, le tout basé sur un échantillon représentatif des pages du site (le plus souvent, il s’agit d’une sélection de 20 pages maximum). Lors d’un audit de conformité, la totalité des fonctionnalités et des contenus n’est donc pas évaluée.
Le taux, un indicateur de conformité
Un site ayant atteint un taux de 70 % de conformité au RGAA n’est donc pas nécessairement moins accessible qu’un site à 90 %.
Imaginons que le site à 90 % possède un seul système de navigation et que ce dernier n’est pas du tout opérationnel pour les utilisateurs naviguant avec des technologies d’assistance. Une partie des contenus du site leur est donc inaccessible. Si la page d’accueil regorge de liens internes, elle n’offre pas la même lisibilité qu’un menu structuré. Le dysfonctionnement de la navigation engendre des difficultés à dénicher certaines pages et, de ce fait, entrave l’accès à l’information.
Le site qui a un taux de 70 % de conformité possède quant à lui des listes qui ne sont pas correctement structurées, des textes dans des balises de structure à la place de balises de paragraphes et une hiérarchisation des titres qui s’avère parfois non pertinente. Cependant, ces critères ne constitueront pas un blocage majeur pour les usagers ayant recours aux technologies d’assistance. Les contenus restent consultables. Une partie du contexte sera perdue, la compréhension et la navigation risquent d’être plus longues pour ces utilisateurs, sans pour autant leur empêcher d’accéder à l’information.
Certaines non-conformités vont s’avérer plus bloquantes que d’autres, chose que le score RGAA ne peut refléter, faute de pondération des critères.
100 % conforme ne veut pas dire 100 % accessible
Atteindre 100 % de conformité au RGAA constitue un objectif important mais ne signifie pas que toutes les situations d’utilisation sont nécessairement couvertes.
Certains besoins peuvent en effet aller au-delà des exigences évaluées par le référentiel. En voici quelques exemples.
Les sous-titres incrustés
Dans la version 4.1.2 du RGAA (actuelle), les sous-titres incrustés répondent aux exigences d’accessibilité. Pourtant, ils n’offrent aucune possibilité d’ajustement (agrandir la taille des textes, changer leur couleur, etc.) pour améliorer le confort de lecture ou s’adapter à un besoin (malvoyance, dyslexie, etc.) à l’inverse des sous-titres proposés directement dans le lecteur.
Souvent, les sous-titres incrustés ne respectent pas la charte relative à la qualité du sous-titrage à destination des personnes sourdes ou malentendantes. Par exemple, des sous-titres apparaissant en petits caractères blancs sur un fond vidéo très clair et mouvant seront difficilement lisibles pour des personnes malvoyantes. Une loupe d’écran peut s’avérer être insuffisante si le ratio de contraste des textes est trop faible, rendant ainsi les lettres illisibles pour ces utilisateurs.
Il est ainsi préférable d’utiliser des sous-titres activables et désactivables depuis le lecteur. Leur atout principal réside dans cette liberté de choix. L’utilisateur peut les afficher ou les masquer à sa guise, selon ses besoins, ses préférences ou les paramètres de son lecteur.
Beaucoup d’utilisateurs ayant des troubles de l’attention peuvent avoir des difficultés à consulter un média dont les sous-titres ne sont pas désactivables car leur attention ne se portera que sur ces textes.
Les cartes interactives

L’utilisation des cartes interactives amène à des difficultés de navigation pour beaucoup d’utilisateurs. Ces contenus sont très souvent accompagnés d’alternatives (liste, tableau, etc. situés après les cartes). Toutefois, les atteindre reste complexe pour de nombreux utilisateurs car elles nécessitent généralement de parcourir ces contenus non conformes et bloquants pour eux. Il est donc conseillé d’ajouter un lien d’évitement juste avant d’entamer leur consultation. Cette ancre permettra d’accéder directement au contenu alternatif situé après la carte. En effet, ces contenus, même lorsqu’ils sont conformes, ont tendance à être laborieux. Ainsi, l’utilisateur peut choisir de s’engager dans ce parcours complexe ou de passer directement à la suite. Son intitulé pourra par exemple être « Éviter la carte interactive ». De cette façon, les personnes naviguant au clavier ou confrontées à des difficultés de navigation pourront directement atteindre le contenu qui leur est plus adapté.
Les abréviations

Tous les utilisateurs ne connaissent pas la signification des abréviations. Sans explicitation, elles peuvent poser problème dans la compréhension du contenu (notamment, en cas de troubles de la mémoire), voire générer une perte d’informations.
Même si le RGAA n’invalide pas l’absence de définition, les Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) précisent que la présence d’une telle aide est importante.
La signification de l’abréviation peut par exemple se situer dans le contenu, par exemple « Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité », puis l’abréviation « RGAA » intégrée dans des parenthèses juste après ce texte. Sinon, la définition peut être atteignable par le biais d’une ancre. L’information sera donc disponible au plus grand nombre.
L’accessibilité, l’objectif recherché
Dans cet article, on a pu voir que 100 % de conformité n’était pas synonyme d’une accessibilité totale. Le RGAA est avant tout une méthode permettant d’évaluer la conformité aux exigences d’accessibilité. Son respect permettant de prendre en compte un large éventail de situations handicapantes. Cependant, il n’existe aujourd’hui aucune solution pour l’accessibilité des contenus à tous les handicaps. Pour citer un exemple concret, la dyslexie peut se manifester de différentes manières, et les besoins des personnes concernées peuvent donc varier. Une même solution d’accessibilité ne permettra pas nécessairement de répondre à toutes ces situations.
Le plus important est de garder l’utilisateur comme cible première. En réalité, atteindre 100 % de conformité c’est effectuer un premier pas vers l’accessibilité.
C’est pourquoi il nous tient à cœur de vous accompagner dans votre objectif de rendre le monde plus inclusif.
